l'Histoire de ces créations illustre le miracle d'une naissance qui aurait été attendue pendant...une vie.

Nous avons chacun besoin d'un espace où parler de nous, à nous même d'abord et aussi aux autres...Un espace dans lequel nous nous reconnaissons, fidèle à nous même, à ce que nous étions au départ et aux échos de la vie qui nous changent au gré du temps, des écueils, des rencontres et des voyages.

Il y a quelques années de cela, j'ai trouvé un espace où exprimer mes origines mêlées, ce que je suis, mon impermanence et ma créativité dans la création de bijoux. Mais pour conquérir ce territoire et m'y sentir à ma place, il m'a fallu une éternité!

Si longtemps me demandez vous? Mais comment est-ce possible?

Et bien parce que je n'ai pas su tout de suite de quoi j'avais besoin pour me sentir en équilibre, mais qu'heureusement la vie ne cesse de nous tendre des perches, pour nous permettre de construire ces ponts entre notre mode de vie, nos attachements, notre identité et ainsi exprimer avec bonheur ce qui est en nous. Et ainsi, nous «devenons qui nous sommes».

Née d'un père Normand par sa mère et Italien par son père et d'une mère Camerounaise dont le grand-père était Allemand, j'ai rapidement trouvé réducteur et frustrant l'exercice inlassablement requis par mon entourage consistant à me définir en «pourcentage d'origines généalogiques et géographiques».

N'y avait-il pas une énorme confusion entre la questions «QUI es-tu»? Et la question «D'Où viens-tu»?

Porteuse de ces origines multiples, il me semblait vital de trouver un terrain où il serait possible d'exprimer la richesse du métissage culturel sans le réduire à un phénotype, ni accepter que mon identité soit engloutie dans une appellation générique supposer résumer tous les codes selon lesquels je serais, je penserais, je créerais, je serais aimée, aimante et émue tout au long de ma vie.

Je suis«métisse» (!), la belle affaire...et après?!

D'abord, une profonde gratitude pour mes parents, grands-parents, qui m'ont donné amour et repères, tout en faisant fi de tout ce qui m'aurait acculé à «choisir un camp» pour exister sereinement.

Ensuite, exprimer que parce que métissage il y a, à l'aube de mes 40 printemps, je le vis autant comme un mélange d'origines que comme le don qui m'a été offert: celui de me laisser imprégner par la vie, les gens, l'univers et de partager ce mixage existentiel à  travers mes créations.

Marie-May Stoll, jeune artiste française d'origine vietnamienne a créé une série de portraits qu'elle a intitulé «Le Monde me touche». C'est ainsi, oui que je perçois ce mystère:  Le Monde me touche et me transforme, et je transforme aussi sans doute le Monde, ...sans qu'il soit nécessaire de qualifier ou quantifier cette magie pour qu'elle opère!

Voici donc une partie de ce que je suis: une femme nomade aux origines multiples (camerounaise, française, italienne, allemande), qui a grandi en écoutant autant Myriam Makeba, Alpha Blondy, qu'Aznavour ou Nina Simone, qui est passionnée par les savoir-faire des artisans de tout pays, en particulier les bijoutiers, les tisserands, les teinturiers, les couturiers, les maroquiniers...qui a rêvé toute petite d'un monde onirique en découvrant les soieries, bijoux, pierres et encens que son père avait ramené d'un voyage en Inde, qui a appris à marcher en France mais dont le palais reste séduit par les saveurs épicées qui ont parsemé son enfance en Afrique de l'Ouest (Côte d'Ivoire, Niger) et les colis de spécialités betis et douala envoyés par la famille du Cameroun...qui a vécu, voyagé en France, Suisse, Côte d'Iivoire, Niger, Mali, Cameroun, Burkina Faso, Sénégal, Ghana, Tanzanie...et qui depuis 5 ans a fait le choix de vivre en Asie du Sud-Est....aime son compagnon français d'origine belge , ses deux filles conçues au Mali pour la première et en Thaïlande pour la seconde. Toutes deux parlent français , thaïlandais et nous nous régalons tous les 4 de fromage, de poulet braisé, de mangues, de riz gluant thaïlandais..dégustés -luxe extrême(!)- sur un fond de musique Mandingue!

Alors, et ces bijoux??!!

Ils sont nomades comme moi, tantôt nature, tantôt urbains, tantôt ethniques, assurément et fièrement inspirés d'Afrique Noire, d'Inde, de Bali, de France, de Thaïlande, des populations touarègues et Nomades d'Afrique du Nord.

Les femmes qui aiment ces créations sont de toutes origines et de toutes histoires...il n'y a donc d'apartheid ni dans mes styles, ni encore moins parmi celles qui se reconnaissent en eux.

Les matières mêlées sont elles aussi le fruit de découvertes et d'émerveillements répétés devant les beautés façonnées par des hommes et des femmes de talent, les hasards heureux d'une juxtaposition entrevue fugacement au détour d'une balade le nez au vent: peintures usées sur bois flottés, variances de bleus dans le ciel ou la mer, or et argent des bijoux indiens, afghans, népalais dans le marché de Yawarat, pureté des angles dans l'architecture du Bangkok moderne, associations improbable de couleurs tant dans les fleurs exotiques, que le street art ou les temples, bouddhistes, hindouistes, ou même shintos qui jalonnent la Thaïlande, le Cambodge, le Laos, l'Inde et Bali,...Nostalgie de l'Afrique enfin et surtout, de ses beautés, de sa créativité  exceptionnelle, du Peu qui transcende notre regard et notre appréciation du Tout.

Alors à vous...les pierres fines de Jaïpur, les perles d'eau douce, la nacre marine, l'argent, l'or, le bois, les pâtes de verres artisanales d'Afrique de l'Ouest et d'Indonésie, les cauris, le cristal de swarowski, les bronzes de Côte d'Ivoire dud Ghana, du Mali, les petites perles Miyuki et Toho du Japon...et les designs touarègues.